L'AuteurMature

Un auteur cherche à comprendre ce qui se passe dans la tête d'un tueur en série.

André Boily proclame à qui veut bien entendre, qu’il est auteur.  Jamais il n’utilise le terme écrivain, terme qui selon lui évoque le travail manuel, chose qui le répugne presque autant que les cours de création littéraire offerts par correspondance.  Dédaigneux tant qu’il est, l’idée d’entrer sur le marché du travail lui est presque aussi ridicule que celle d’être assis sur un banc d’école passé la journée de son seizième anniversaire.  

 

André détestait ses enseignants à l’école secondaire, ils et elles lui semblaient tous d’une banalité et d’un commun mortel.  Qui étaient-ils, vraiment, avec rien de plus qu’un baccalauréat tellement généralisé qu’ils ne pourraient citer une œuvre de Shakespeare ou résoudre un simple problème algébrique sans le manuel de réponses?  André Boily n’avais pas rencontré l’enseignant qui connaissait quoique ce soit à la matière qu’il enseignait, aussi bien au primaire qu’au secondaire; de ce fait, il a quitté l’école le jour de ses seize ans, comme la loi le lui permettait.

 

Jusqu’à ses dix-huit ans, du sous-sol de ses parents, il écrivait de la poésie qu’il qualifiait à la fois d’avant-gardiste et de classique.  Il toucha aussi les nouvelles, quelques romans inachevés ainsi qu’une demi-douzaine de tableaux peints à la peinture à l’eau qui lui fut offert pour ses onze ans.  Aucun journal littéraire au Québec, aussi communautaire soit-il, n’accepta de publier aucune de ses œuvres ou d’utiliser un de ses tableaux pour leur page couverture.  Jamais il n’hésita à parfaire sa culture et approfondir ses connaissances sur le monde grâce au Canal D et au Canal Vie.  

 

À dix-huit ans, André s’inscrit comme bénéficiaire de l’aide sociale.  Il trouvait bien logique que la société le paie puisque ce n’était qu’une question de temps avant qu’il ne publie une œuvre d’une importance majeure, voir qu’il ne devienne un héros de la culture québécoise!  Cela lui semblait tout naturel que ses œuvres serviraient de plan pour redéfinir la course à l’indépendance tant convoitée par les vrais québécois, et être aux premiers plans de cette victoire historique.

 

Aujourd’hui André a trente-neuf ans.  Assis au bureau où il écrit, qui lui sert aussi de table à diner, table de chevet et de table basse, il cherche à s’immiscer dans le psyché d’un tueur en série, le tout pour son nouveau roman.  Celui-ci lui amènera richesses et gloire, et le sortira de son un et demi de Montréal-Nord.  Il avait fait ses recherches, et savait ce qu’avaient en commun la majorité des tueurs en série.  Il semble que l’élément déclencheur se trouve dans leur enfance.  André décrit son enfance d’ordinairement ennuyante, le seul fait le démarquant étant son intellect supérieur et sa sensibilité pour l’art.  Il n’avait rien en lui d’un tueur en série.

 

André fume une Players’ et pense.  Il se souvient d’avoir vu des images d’auteurs exilés à Paris, assis dans un café et fumant la cigarette, et c’était là pour lui l’image du succès.  Dehors, il entend les jappements d’un petit chien.  Il ne connait rien aux chiens, mais il sait qu’il ne les aime pas, et celui-ci particulièrement.  Il se lève et se dirige vers la fenêtre où il bouge le rideau juste assez pour pouvoir jeter un coup d’œil à l’extérieur.  Immédiatement il trouve le chien.

 

Presque aussitôt il se souvient aussi que la majorité des psychopathes ont torturé des animaux durant leur enfance.  Ce chien est probablement une race qui est torturé par ces enfants au futur meurtrier – ils sont tellement petits et semblent si inoffensifs.  Ce n’est pas comme si ce petit chien pouvait se défendre.

 

André a soudain une idée.  Il vêtit un pantalon et une chemise par-dessus sa camisole, ramasse ce qui lui reste d’une pizza aux olives et ananas et descends de son troisième étage.  

The End

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