Brossard, la veilleMature

Je me souviens de nos années de collèges.

Lui en technique policière. Moi en littérature. J’ai toujours trouvé Donald élégant. Ses tenus impeccables, son goût pour l’art et la littérature. Dans un café, je lisais Dostoïevski en fumant des cigarettes et étirant les réchauds de café. Lui buvait de la Guinness. Accompagné de sa garde princière, riant à grands éclats. Je le détestais secrètement. Soudainement, il se leva et s’aperçut que je l’observais. D’un trait, il s’est levé au moment ou une poulette lui parlait et vint s’assoir à ma table. Il s’est invité dans ma vie aussi simplement ; en prenant une de mes cigarettes.

«Qu’est-ce que tu lis ?»

L’éternel mari.

Nous sommes devenus amis. À l’époque, il dormait souvent chez moi, fumant mes cigarettes couchant avec les filles que je ramenais des bars, empruntant mes livres.

À l’époque, je perdais toujours mes clés. Un soir je me souviens avoir monté à part le balcon de mon appart pour accéder à la fenêtre et de l’avoir vu dans le cadre de la porte ; nu, fumant mes cigarettes. Puis, je vis Sophie, ma copine du moment, le rejoindre enveloppée d’un drap. Elle serrait son corps musculeux. Puis, il tourna sa tête. Notre regard se croisa. Une lueur dans ses yeux. Un sourire, le plus doux du monde.

Sophie, Marielle…

J’ai rencontré Marielle à l’université. Personne n’appréciait Marielle. Elle était riche avait des seins énormes, une sœur ravissante, du goût pour les arts. J’ai perdu contact avec Donald lorsque nous sommes déménagés à Montréal pour poursuivre nos études. Puis, depuis six mois, il est revenu dans ma vie comme il en ait rentré.

Il me profilait depuis trois jours. Il vint s’asseoir à ma table d’une terrasse sur Saint-Denis.

«Qu’est-ce que tu lis?»

Il demeura immobile. Moi muet. Les yeux dans les yeux sans bouger, je pris quelques minutes pour le reconnaître. Son sourire.

«Je me pars un bureau de privé pour mes quarante ans! Tu veux te joindre.»

J’ai accepté son offre. Marielle aussi.

L’éternel mari. Il ne m’a jamais dit ce qu’il en pensait.

Lorsque la bête m’invita dans son antre, je m’attendais naïvement y retrouver mes livres avec mon nom écrit sur les premières pages. Dans le salon, des colonnes de livres arpentaient les murs. Que des éditions de luxe ou rares. Aucun de mes anciens livres de poche.

Il me présenta Cécile. Faire l’amour avec Cécile est épuisant appris-je à la sueur de mon front.

Aujourd’hui, j’ai pris congé. Ce que Marielle veut, Dieu veut. De la céramique dans la cuisine. Pourquoi pas ?

The End

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