Le Chemin le moins fréquentéMature

Donald s’approcha de la silhouette lentement, trainant ses pieds au sol pour s’annoncer et s’arrêta sous le faisceau d’un réverbère.

 

« Hello. »  La silhouette tourna la tête, silencieuse.  « Si tu fais un pas vers le lampadaire à ta droite, je vais pouvoir savoir à qui je parle. »

« Pourquoi me parler? »  La voix était douce, calme et apaisante.  Donald se demanda si ce n’était pas elle qui tentait de le rassurer.

« Imagine.  Je me balade en voiture, et j’aperçois une ravissante jeune femme sur le côté de la route.  Je m’arrête, prends mon courage à deux mains et m’approche pour me présenter et tenter de tenter de la draguer un peu.  Alors t’imagines le coup que prendrait mon estime de moi-même si la demoiselle refusait de m’adresser la parole?  Ouch.  Tu ne voudrais pas me faire cela, eh? »

« Non, Donald.  Je ne voudrais pas te faire cela. »  Gracieuse, ne laissant pas paraître qu’elle se tenait debout sur une balustrade qui se trouvait à être la ligne entre la vie et la mort, elle prit les trois pas nécessaires pour se rendre au réverbère et s’y adossa, sous la lumière orangée. 

 

De toute évidence, elle le connaissait, mais Donald ne la reconnaissait pas.  Il l’examina, tentant de déterminer si elle portait des marques de violence ou blessures, mais elle lui sembla en bonne santé.  En très bonne santé, même.  Il avait tendance à aimer ses femmes un peu plus voluptueuses, un peu plus vamp, mais celle-ci, avec ses pieds nus, son jeans et t-shirt trop serrés, ses courbes subtiles et ses cheveux courts, elle réveilla un petit quelque chose en Donald.  Encore, il ne la reconnaissait pas, mais elle avait un petit quelque chose de familier.

 

« Je peux m’approcher un peu? »  Il avait déjà pris son premier pas avant même d’avoir terminé sa question. 

« Pourquoi t’approcher de moi?  Est-ce que tu me désires, Donald? »

« Je ne sais pas encore.  Je dois m’approcher pour me faire une idée. »

« Dis-moi, tu veux me baiser ou me sauver de la flotte? »  La voix de la jeune femme avait l’effet d’un baume sur l’esprit torturé de Donald. 

« Pour te baiser je dois d’abord t’empêcher de sauter. »

« Donc tu veux me baiser. »

« Ce n’est pas ce que j’ai dit. »

« Tu ne veux pas me baiser? »

« Ce n’est pas ce que j’ai dit non plus. »

Elle mit ses mains dans les poches de son jeans et leva une jambe au-dessus du vide.  « Baise-moi, Donald. » 

« Oui!  Je veux te baiser comme je n’ai jamais voulu baiser qui que ce soit, » qu’il mentit.  « Mais pour cela tu dois rester ici. »

Elle lui sourit.  Personne n’avait jamais offert un sourire aussi doux et sincère à Donald, et ça lui brisa le cœur.  « Tu mens, » sa voix était rassurante, comme la caresse d’une amante ou une brise fraîche par une torride journée d’été.  Elle ferma les yeux et se laissa tomber du mauvais côté de la balustrade.

 

Donald s’élança aussi rapidement que sa jambe infirme lui permit, s’agrippa à la balustrade d’une main et sauta par-dessus, tentant d’agripper la jeune femme avant qu’elle ne soit hors de portée.  Elle était tout près, il aurait presque pu l’embrasser, mais sa main balaya le vide.  Il ne put l’attraper. 

 

Avant qu’elle ne disparaisse dans les ténèbres, elle ouvrit les yeux et au moment même où elle devint une ombre il sut.  « Mariette! » 

 

Peut-être, pensa-t-il, qu’il pourrait la sauver s’il se lançait à ses trousses.   Il ferma les yeux, lâcha la balustrade et se laissa tomber dans le vide.  Il n’a pas atteint sa vitesse de croisière qu’il se senti agrippé par le pantalon.  Il ouvrit les yeux et vit Minh qui se débattait pour le retenir, le haut du corps pendu par-dessus la balustrade.

 

« Donald!  Donne-moi la main! »  Donald réalisa soudainement où il était se tordit tant bien que mal pour s’agripper à Minh.  Il pédala dans le vide et avec l’aide du sergent-détective il se retrouva sur le pont en un rien de temps.  « T’es con, ou quoi? »

 

« Mariette! »  Il était à bout de souffle.  « C’était Mariette! »

« Où? »  Répondit Minh.

« En bas!  Qui a sauté, Minh, il faut la sauver! »

« Tu étais seul.  Je n’ai pas vu personne d’autre avec toi. » 

« Non!  Non!  Mariette était ici!  Avec moi, je l’ai reconnue! »

« Mariette? »

« La sœur de Marielle.  Je l’ai reconnue du portrait que Marielle a sur son bureau. »

« Mais Mariette a disparue, quoi, il y a cinq, six ans de cela? »

Minh se leva et regarda vers la rivière.  Il n’y vit que du noir.  « T’es certain? »

« Minh, crois-moi, c’était elle. »

 

Minh examina Donald.  Il tremblait, ses yeux étaient en larmes, sa peau perdait de sa couleur et ses yeux habituellement nonchalants trahissaient le sentiment de panique qui l’habitait.  « D’accord, Donald. » 

 

Donald resta assis sur le bitume, adossé à la balustrade, éclairé à la fois par le réverbère et par les gyrophares de l’auto-patrouille que Minh a conduit sur les lieux.  Ce dernier appela du renfort via la radio de la voiture, et dépêcha l’équipe maritime et avisa la Garde Côtière. 

 

Le matin venu, deux douzaines d’agents de différentes agences sillonnaient la rivière à la recherche d’un corps, et une équipe d’identité judiciaire scrutait le pont à la recherche d’indices. 

 

Sur l’heure du souper les recherches furent annulées et Minh conduisit Donald à la maison. 

 

« C’était elle, Minh.  On a parlé. »

« Je sais.  On va la retrouver. »

« Vivante. » 

« Oui, Donald.  On va la retrouver vivante.  Toi et moi, Donald.  On va sauver toute cette famille. »

The End

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