Ration d'émotionMature

Donald se laissa promener à travers la ville par sa Bentley sans trop savoir où entreprendre son enquête.  Il était déterminé plus que jamais de prendre le taureau par les cornes, s’agit-il qu’il devait trouver l’animal.

 

Il se souvint qu’il avait dit au détective Minh que Daniel était en filature pour obscurcir le fait qu’il le croyait en train de baiser Mariette, la sœur de Marielle.  Donald avait tort, Daniel n’était pas en train de baiser Mariette.  Pas que Daniel aurait jamais admis baiser qui que ce soit; Daniel faisait l’amour, il ne baisait pas, selon ce qu’il se tuait à expliquer.  À penser comme cela, ce n’est pas de surprise qu’il n’ait pas réagi lorsqu’il a aperçu par la fenêtre sa petite amie se faire baiser par Donald.  Ce dernier se souvenait encore très bien de cette soirée.  Il y pensait encore lorsqu’il baisait Marielle; il s’imaginait que Daniel était caché dans le placard, dans la pièce d’à côté ou bien qu’il matait par la fenêtre. 

 

À ce qu’il sache, il ne s’était jamais fait prendre à nouveau.  Il se souvient d’avoir croisé le regard de Daniel et de lui avoir souri.  Donald ne se souvenait pas du nom de la copine de Daniel à l’époque, mais il se souvient qu’il l’avait plaquée contre le cadre mur de la chambre et l’avait dénudée du drap qui la recouvrait.  Il s’était agenouillé devant elle, lui écarta les genoux doucement et s’enfouit la gueule entre ses cuisses.  Il y resta ce qui lui sembla être des heures, se concentra comme jamais auparavant pour la faire jouir bruyamment.  À répétition.  C’était une soirée d’été chaude et humide, inconfortable et il n’arrêta que lorsqu’elle s’effondra à bout de force, incapable de se tenir debout par elle-même.  Donald n’avait jamais mis tant d’énergie à faire jouir une femme. 

 

Elle était nue sur le plancher de bois franc, le corps encore crispé par l’extase, à bout de souffle, les yeux humides, les cheveux collés par la sueur à son visage asymétrique.  Donald se releva tant bien que mal, les genoux endoloris, caressa son érection et se tourna pour mater l’expression de Daniel, mais il n’était plus à la fenêtre.  Ce fut la première fois que Donald perdit son érection.  Soudain la femme au sol le dégoûtait.

 

« Mets le drap au panier avant de quitter, » qu’il lui dit en se rhabillant.  Il la laissa au sol et marcha au pub pour un verre.  Il ne se sentait plus aussi espiègle qu’il y a quelques minutes.  La pluie se mise de la joute et rajouta à son sentiment morose. 

 

Arrivé au pub il se commanda une bière en fût et chercha un coin tranquille pour boire en solitaire lorsque son regard croisa celui de Daniel à nouveau.  Ce dernier était assis dans le seul coin tranquille de l’établissement.  Il le rejoint et, en silence, s’assied à ses cotés sur la banquette.  Cote à cote, ils burent en silence jusqu’à ce qu’ils éteignent.  Ensemble ils retournèrent à l’appartement sous la pluie sans dire un mot. 

 

Encore aujourd’hui, Donald ne sait pas s’il admire Daniel ou le méprise pour son attitude.  Il savait qu’il aurait fait n’importe quoi pour lui par contre; il tenait à lui à ce point.

 

La pluie sur le pare-brise de la Bentley le rappela à l’ordre du jour.  Donald ne savait plus s’il voulait pleurer la perte de son ami et de le venger avec toute la furie qu’il pouvait conjurer.  Il sentait l’émotion monter en lui, chose rare, lorsqu’il aperçut quelqu’un debout sur le garde-fou du viaduc.  Il arrêta sa voiture en aval de l’individu et sortit son cellulaire, ne lâchant pas de vue la scène depuis son rétroviseur. 

 

« 9-1-1, quelle est la nature de votre urgence?

« Sur le viaduc de la 122, y a quelqu’un qui va sauter, » et il raccrocha avant que l’opératrice puisse ajouter quoique ce soit.  Il laissa le cellulaire dans la voiture pour ne pas être importuné par le rappel du 9-1-1 et sortit de la voiture. 

The End

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