La Tête dans les nuagesMature

Une femme bien connue de tous -- mais pas nécessairement appréciée -- perds la tête. Littéralement. Ceci est l'histoire des gens qui cherchent la tête de Marielle.

La sonnerie de mon portable m’a réveillé peu après deux heures ce matin.  Environ une heure plus tard je me tiens dans le stationnement du Home Depot face à une BMW de série 5.  Je ne suis pas encore tout à fait certain de ce que je fais ici, mais les huit auto-patrouilles, quatre voitures banalisées, deux véhicules de l’identification judiciaire et le poste de commandement motorisé du service de police provincial m’ont vite mis la puce à l’oreille que quelque chose n’allait pas.  Je ne suis pas un génie, mais je suis plutôt futé.  J’ai un petit doute pourquoi j’ai été appelé; je ne suis pas à la tête d’une agence d’enquêtes spécialisées simplement parce que j’ai des bons contacts. 

En fait, c’est exactement pour cette raison que je suis à la tête d'une agence d'enquête spécialisée – si ce n’était que j’avais marié une femme riche au point qu’elle ne savait quoi faire de son argent, jamais elle ne m’aurait offert mon propre business pour mes quarante ans.  Je suppose que ça fait de moi un être horrible d’avoir marié pour la Visa platine, mais les crises de conscience sont vite assouplies par les voitures neuves et les complets faits à la main. 

La BMW sur laquelle fourmillent les techniciens en scène de crime appartient à ma secrétaire, une femme à la personnalité un peu trop pétillante que personne n’apprécie vraiment.  Optimiste, toujours souriante, voix trop aigue, dents trop blanches, jupes trop longues et chemisiers pas assez moulants.  Pourquoi je la baise sur une base semi-régulière, je n’en ai aucune idée.  Sa compagnie me laisse las, elle m’ennuie lorsqu'elle parle, manque d’enthousiasme au lit et refuse la pénétration anale.  Si j’avais à choisir une raison, je dirais que je devais être curieux de savoir comment sa voix aigue se portait lors de l’orgasme.  Bof.  Et depuis je continue par habitude.

« Don.  Don?  Donald!»

La voix du sergent-détective Zing – ou est-ce Ping?  Ching? – me ramène au Home Depot.  Le couvercle de la valise est ouvert et à l’intérieur le corps nu de ma secrétaire.  Je reconnais le tatou de dauphin sur l’omoplate.  C’est le seul moyen d’identifier le corps en ce moment, puisqu’il fait face vers le sol.  En fait, « face » n’est peut-être pas le bon terme à utiliser puisque la tête de Marielle ne repose pas sur ses épaule comme à l'habitude.

« Pourquoi m’avoir appelé, sergent? » 

« Nous sommes incapable d’entrer en contact avec son mari. » 

« Il est … »  Mentir naturellement de façon convainquante est plus difficile lorsque l’esprit est encore à moitié endormi.  « Il est en filature ce soir.  Pour un gros client.  Son portable doit être fermé. »  Dan – Daniel –, le mari de Marielle, travaille pour moi.  Et ce soir il n’est pas en filature, il passe la nuit chez la sœur de sa femme, probablement pour lui faire un autre enfant à l’insu de son beau-frère.  « Je vais le contacter et lui dire de vous appeler. »

Je reste là quelques secondes jusqu’à ce que je sois certain que personne n’a rien à ajouter, et je tourne les talons pour retourner au lit.  J’appellerai Dan demain matin.  Ce n’est pas comme s’il aimait sa femme.  Personne n’apprécie Marielle.  N'appréciait.

J’ai de la difficulté à concevoir que quelqu’un ait voulu lui couper la tête par contre.

The End

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