CigarettesMature

L’air est lourd d’humidité et ça sent le poisson.  À trois coins de rues du fleuve, quelqu’un qui a habité toute sa vie dans la région n’en serait pas conscient, mais Hubert Hébert n’a pas habité la région toute sa vie.  De plus, il a toujours eu l’odorat sensible. 

 

Il gare sa Bentley le nez sous le ruban jaune policier avertissant scène de crime, et il sort tranquillement.  Il ferme la portière de sa voiture avec un léger coup de hanche, confiant que son veston à 1 700$ en ressortirait intact parce qu’il savait sa voiture impeccable.  Comme à tous les jours.  Parce qu’à tous les jours Juan lave, frotte, astique, vacuum et parfume la voiture. 

 

Il conjure un paquet de Gitanes de son pantalon et en retire le cellophane, le roule bruyamment dans son poing et le laisse tomber au sol.  Il se plaque une cigarette aux lèvres et passe les yeux lentement sur l’horizon, lequel a encore un petit soupçon de rose.  Il inspire profondément et le regrette aussitôt.  Ça sent le poisson.

 

Hubert inspecte la scène de crime, prend des notes mentales et cherche l’inspecteur qui l’a convoqué sur place.  Minh.  Il y est, habillé de son complet tiré de la section bon marché de chez Moore’s, pied sur le pneu d’une auto-patrouille, appuyé sur son genou, cigarette à la bouche.  Comme dans le bon vieux temps.

The End

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