CoronarienMature

L'histoire d'une vampire (basé sur la Camarilla vampirique, oubliez Twilight), ses mémoires, son passé.
La version traduite en anglais est également disponible. Ce texte fut composé sur un forum.

Le silence du parc me faisait du bien. La rumeur lointaine de la ville -pourtant elle était à quelques pas, là, juste derrière ces arbres qui perdaient leurs feuilles- me permettait de me retrouver seule, pour une fois, avec mes milliards de pensées. 

La valse des mots qui tourbillonnait dans ma tête me donner la nausée. Le martèlement sec des ondes sonores, heureusement pour moi, avait cessé d'assaillir ma tête, qui, bien que morte depuis longtemps, ne pouvait se résoudre à oublier la douleur. 

C'était contradictoire, comme sentiment. Comme si, d'une part, je n'avais qu'une envie: m'asseoir dans un coin, n'importe lequel (le milieu de la rue ou le sommet d'une montagne auraient fait l'affaire), et de pouvoir regarder, observer, tout ce qui se passait bien tranquillement. Sans bouger. Immobile. Comme le coeur qui ne me débattait plus au fond de ma poitrine. De l'autre côté, j'avais envie de me mettre à hurler, si fort que tout le monde m'entendrait -et je dis bien tout le monde, qu'importe leur emplacement dans l'espace-, à hurler si longtemps que le monde en deviendrait sourd, à hurler tout ce que je ne pouvais pas dire parce que j'étais moi, j'étais Jayla, ero io, ero Jayla , simplement. J'avais envie de bondir et d'arracher la tête au premier venu, de frapper tout ce que je pouvais toucher, atteindre, pour pouvoir, une fois pour toutes, heurter, blesser, tuer, faire couler du sang et des larmes à cause de moi. 

La Voix ne m'aidait pas. 
Jayla, ne dis rien. Ne dis plus rien, écoute. Écoute-moi, écoute les autres, sens le vent sur ton visage, regarde autour de toi, apprend par la passivité.
Jayla, attaque-le. Attaque-le maintenant, bondis. Bondis, allez, mords, griffe, frappe, déchire, serre fort, encore plus fort, tord tout ce que tu tiendras entre tes mains. 


Au fond, ça aurait fait peur aux autres. Le monstre ne pouvait plus sortir: il était enfermé dans ma tête, et un peu partout dans mon corps, cet amas de chair morte que je traînais toutes les nuits. Je le sentais s'agiter en moi, sans doute étais-je Malkavian pour cette raison. 

Après avoir médité longuement sous ses branches, je me levai. L'air de l'Italie me manquerait, mais je devais partir. C'était facile à savoir: il suffisait d'écouter pour entendre le cri anonyme du départ qui m'appelait vers ailleurs. Il criait si fort qu'il me faisait presque regretter les rumeurs citadines. Je fermai les yeux en marchant sur le sentier -écoutez le vent qui souffle entre les cailloux, les yeux fermés, et vous pourrez facilement voir le chemin qui se profile sous vos pieds- et en respirant profondément. Bien que le geste fut inutile, c'était une habitude que j'affectionnais particulièrement, surtout lorsque j'avais besoin de reprendre mon calme. Hélas, je la sentais grandir encore, encore plus fort, cette tumeur d'angoisse et de craintes et de rage et de désespoir qui m'envahissait chroniquement. Plantant mes pieds solidement dans le sol, et portant la main à ma gorge (je sentis les deux estafilades de mon poignet sur la chair frêle de mon cou, elles étaient froides) pour en modifier le son, je criai autant que je fus capable.

*

 

Au loin, on entendit un loup hurler à la lune. Longtemps. 
Son hurlement venait du coeur, de ses tripes. Il bousculait les entrailles, se frayant un chemin vers le coeur.
Un hurlement coronarien. 
On se consulta: un loup, impossible, il fallait le faire partir, le tuer l'assassiner l'exterminer le faire disparaître le-
Il fut convenu que la chasse commencerait dès le lendemain. 
L'importun ne menacerait pas la ville très longtemps, parole d'Homme. 


The End

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