Adam

Adam fut réveillé par un rayon de soleil qui avait réussi à percer le rideau presque opaque qui couvrait sa fenêtre. La lumière titilla son oeil fermé, puis réussit à le tirer du sommeil.

Comme déshabitué à cette lumière, son coeur ne fit qu'un tour dans sa poitrine: le soleil était revenu! C'était enfin le printemps! Et bien qu'il ne fut que cinq heures trente-sept du matin, et que son réveil-matin avait pour mission de le tirer qu'une heure vingt-huit plus tard, Adam bondit hors de son lit, toute trace de sommeil effacée de son visage et de son organisme. Il démit provisoirement de ses fonctions le soldat chargé de le réveiller et s'habilla en vitesse. Adam attrapa une banane et l'engloutit en moins de deux, tout comme le verre de jus qu'il se versa à toute vitesse. Il mit ses souliers de course, prit ses clefs, et partit de chez lui.

La route était belle. Mouillée, mais belle. Il revit quelques camarades de course qu'il voyait avant que le temps ne devienne trop froid et que la neige ne viennent encombrer la route, qu'il salua de la main et d'un grand sourire. Ils répondirent tout aussi chaleureusement. Son sourire resta gravé sur ses traits: Adam adorait sentir le vent frais sur son visage alors qu'il courait loin, plus loin, encore plus loin, toujours plus loin. Mais ce qu'il adorait davantage, c'était de la voir, elle. Elle aussi, courait: ses cheveux longs lui balayaient le dos comme une hélice qui hésitait de quel bord pivoter. Ses pas rythmés ne semblaient jamais toucher le sol: Adam aurait pu jurer qu'elle courait sur un nuage. Ses traits concentrés ne laissaient paraître aucune fatigue, aucun essoufflement. Et en plus, elle était jolie comme un coeur.

Depuis quelques temps, il la croisait en lui servant son plus beau sourire. Souvent, elle était si concentrée qu'elle ne le remarquait même pas. D'autres fois, elle le regardait en lui souriant aussi. Adam ne savait même pas son nom. Et il se trouvait pathétique de se lever chaque matin, non pas pour aller courir, mais pour aller courir pour la voir. 

Il avait couru trop vite trop tôt: il était tout essoufflé. Et en plus, elle le croiserait bientôt: il reconnaissait le coin de rue où ils avaient l'habitude de se croiser avant l'hiver. Il ralentit un peu, conscient qu'il devait être tout rouge sous l'effort. Elle avait changé de parcours: l'autre était devenu trop répétitif. Adam ne l'entendit pas arriver par-derrière: elle dut le héler pour qu'il se retourne. 

- Belle journée, n'est-ce pas?
Il dut bafouiller quelque chose qu'il ne comprit pas lui-même.

Elle était sur le point de le dépasser: il avait un ego, quand même, alors il se força à accélérer, pour lui tenir tête, pour lui montrer qu'il n'était pas n'importe qui, pour l'impressionner, pour lui demander son nom, pour lui parler, pour n'importe quelle raison qui lui permettait d'être avec elle. Il fallait bien connaître un peu celle qui faisait battre son coeur plus fort, non?

- Changé de parcours, lui demanda-t-il.
- Oui. À chaque printemps. Pas vous?
- Non. J'y ai jamais pensé.
Elle rit un peu. Voyant le prochain coin de rue approcher, elle le regarda, tout en continuant à courir, puis lui dit:

- C'est ici qu'on se sépare. Bonne fin de course!
- Pareillement, répondit-il, assez déçu de ne pas avoir parlé plus avec elle.

Alors qu'elle s'éloignait de lui, elle se tourna pour jogger à reculons, afin de lui adresser quelques derniers mots:

- Au fait, je m'appelle Alice.
- Adam, retourna ce dernier.
- À demain, alors, Adam.

Adam se dit que la première journée du printemps était la plus belle journée du monde. 

 

The End

4 comments about this story Feed